La Société des indépendants
Ainsi lorsque nous nous sommes retrouvés, quasiment à deux siècles de la Naissance au Ciel du théosophe d’Amboise, regardant honnêtement ce qu’il en était de l’état de la situation de l’héritage saint-martinien, nous est apparu à l’évidence extrême la distance qui séparait la plupart des cercles se revendiquant du Philosophe Inconnu de sa pensée originale, tant s'était largement imposée l'idée que chacun devait poursuivre, à des degrés divers, des buts et des objectifs qui lui étaient devenus propres, et travailler sur des sujets bien différents, pour le moins, des intentions premières de ce bon maître qui n’hésitait pas à se définir comme « l’ami du Christ ». Or, un examen sérieux de ce que souhaitait véritablement Saint-Martin pour ses intimes, nous démontrait immédiatement le fossé, pour ne pas dire l'abîme, qui nous tenait aujourd’hui radicalement éloignés de l'œuvre « saint-martinienne » effective.
C'est pourquoi, il nous a semblé impératif, dans le sillage du Grand Prieuré des Gaules, de par l'exigence de nos devoirs en tant que disciples sincères se voulant fidèles et respectueux de l’esprit et des intentions du Philosophe Inconnu, d'entreprendre une sorte de rétablissement de l'esprit saint-martinien, et de constituer ou, plus exactement, de réveiller, par delà mais aussi à partir de nos propres qualifications Martinistes, bénis et soutenus en cela par les bienveillants et précieux conseils de notre regretté Frère et Père Robert Amadou (1924-2006), cette « Société des Indépendants », Société imaginée et espérée jadis par Saint-Martin lui-même, de manière à ce que puisse s’y effectuer, loin du bruit et du monde, le lent processus de purification, de régénération et de sanctification et de réconciliation, processus essentiel fondé sur la prière intérieure, nourri par l’oraison et sous-tendu par l’humilité du cœur.

Un processus essentiel fondé sur la prière intérieure
Sous les auspices de cette « Société des Indépendants », « et de la doctrine profonde à laquelle s’applique ses différents membres » (Le Crocodile, Chant 15), s’est édifiée ainsi, dans le respect des principes saint-martiniens, non un « Ordre » Martiniste de plus parmi les innombrables Ordres se déclarant et se présentant comme tels, mais la petite « Société » désirée par le Philosophe Inconnu, à savoir la réunion des Serviteurs Inconnus, de ces « Indépendants » qui ont accueilli le message de l’Evangile et se considèrent, simplement, comme des pauvres disciples du Christ Jésus,
, Notre Divin Maître Réparateur et Seigneur.
La célébration des mystères de la naissance du Verbe dans l’âme
En une formule dont il avait incontestablement le secret, et que Robert Amadou aimait souvent à répéter, Louis-Claude de Saint-Martin nous présenta les moyens d'accomplir le long trajet en direction du Sanctuaire intérieur afin de contempler l’incomparable Gloire de l’Eternel et se prosterner devant l'infinité de son Amour, formule qui résume tout le programme du saint-martinisme tel que nous le pratiquons au sein du Grand Prieuré des Gaules : « Nous avons toujours l'autel avec nous qui est notre cœur, le Sacrificateur qui est notre parole et le sacrifice qui est notre corps.» (Leçons de Lyon, n° 76, 25 octobre 1775, SM).
