stacks_image_C6D19BB3-3D00-4175-9A81-9603DA58A070

La nécessaire purification du coeur



L'œuvre véritable se passe effectivement loin de l'extérieur et des mouvements insensés, car c'est dans l'interne, derrière le second voile du Temple que se déroulent les rites sacrés, qu'ont lieu l'authentique culte spirituel et la liturgie divine célébrés par l'exercice constant de la prière et de l'adoration. C'est là le saint labeur, la pure occupation, la vocation première de celui qui est destiné au service des autels de la Divinité. Notre prière doit être un chant pur, un sublime baume, un encens de bonne odeur ; car elle est le doux entretien auquel l'homme doit consacrer ses jours, et, également, « consacrer » son être, car c'est ce que Dieu, dans son insondable amour, attend et espère de ses enfants.

Cette attitude, qui put surprendre dans un premier temps les amis de Saint-Martin, pour la plupart des adeptes instruits en quête d’initiations aux titres prestigieux, des curieux ou des lettrés, gens du monde en recherche de connaissances mystérieuses, finira lentement par s'imposer aux plus sensibles et éveillés aux pieuses vérités, et leur apparaître comme le seul chemin, sûr et élevé, dispensateur d'ineffables bienfaits et de nombreux fruits, alors même que beaucoup d'autres, hélas, ne parvenaient pas à comprendre, ne voyaient pas ce qui était à l'origine de cette attitude chez le Philosophe Inconnu, dont ce dernier se faisait l'avocat dans ses ouvrages, attitude nouvelle et tellement surprenante, voire choquante pour eux, habitués aux fastueux décorums des réceptions maçonniques, à la superficielle gloire des titres et des charges, ou encore fascinés par les impressions sensibles que provoquaient certaines pratiques étranges et peu communes, enseignées par quelques maîtres renommés et célèbres dont le siècle des Lumières était si friand.

stacks_image_E3A0FBD7-F413-4417-9EBE-533CF767A242

L'exercice constant de la prière et de l'adoration


Si Martinès insistait principalement sur la nature horrible et ténébreuse du crime de notre premier parent selon la chair, Saint-Martin se penchera, quant à lui, avec une attention accrue, faisant preuve d’une capacité exceptionnelle de perception à l'égard de ce que sont les divers rouages de l'âme humaine, sur le lamentable état dans lequel se trouvent intérieurement à présent les fils d'Adam, et constatera, non seulement la profonde dégradation et déchéance qui les frappent leur ayant fait perdre leur statut privilégié vis-à-vis du Créateur, mais, également, les réduisant dans toutes leurs facultés et, en particulier, les condamnant à une sorte de quasi « mort morale ».

Cette situation tragique caractérisant l'humanité actuelle, frappera et affectera tellement Saint-Martin, qu'il considérera, non sans raison, comme vaine et stérile toute action ne posant pas comme préalable absolu une véritable « purification », et ce avant toute entreprise d'instauration d'un contact ou d'un dialogue avec le Ciel. L'homme est dans un tel état d’abjection souligna Saint-Martin, qu'il lui faut d'abord, et en premier lieu, qu'il se reconnaisse misérable pécheur et s'humilie profondément devant le Seigneur, afin d'espérer pouvoir oser, après être passé par les différentes étapes de la repentance, s'adresser à l'Eternel.

De ce fait, on comprend ce qui put conduire Saint-Martin à affirmer : « La prière est la principale religion de l'homme, parce que c'est elle qui relie notre cœur à notre esprit... » (La Prière, in Œuvres posthumes), car l'intuition majeure qui se fit jour dans sa pensée fut de se rendre compte, dans une sorte d'illumination vive, que l'homme, malgré tous ses efforts, mobilisant mille et une techniques, développant un appareil complexe fait de rites, d'invocations, de gestes symboliques, s'il ne transforme pas radicalement son cœur, s'agite en réalité en vain et reste, malheureusement, comme le dira l’Apôtre Paul, une triste et inutile « cymbale retentissante » (I Corinthiens 12, 1).