La voie intérieure saint-martinienne


Le Philosophe Inconnu, en effet, n'hésitera pas à défendre et encourager la possibilité d'un travail opératif hautement spiritualisé, écartant les pièges que ne manquent jamais de produire les procédés par trop dépendants des manifestations phénoménales.

Mais qu'est-ce qui était, au fond, à l'origine d'une telle attitude, d'autant venant du secrétaire même de Martinès, de celui qui avait été, les dernières années avant sa disparition, le plus proche collaborateur et l'auxiliaire privilégié du maître ? Le mystère, qui déjà au XVIIIe siècle, intriguait et parfois troublait ceux qui étaient versés dans ces domaines, se poursuit encore de nos jours et continue d'alimenter les légitimes réflexions et nombreuses interrogations des « hommes de désir » .

En réalité, la nécessité de l'intériorité, de la voie purement secrète, silencieuse et invisible, est justifiée par Saint-Martin à cause de la faiblesse constitutive de la créature, de sa désorganisation complète et de son inversion radicale, plongeant de ce fait les êtres dans un milieu infecté, une atmosphère viciée et corrompue, qui guettent chacun de nos pas lorsque nous nous éloignons de notre source, qui mettent en péril notre esprit lorsque, par imprudence et présomption, nous osons outrepasser les limites des domaines sereins protégés par l'ombre apaisante de la profonde paix du cœur : « A peine l'homme fait-il un pas hors de son intérieur, que ces fruits des ténèbres l'enveloppent et se combinent avec son action spirituelle, comme son haleine, aussitôt qu'elle sort de lui, serait saisie et infestée par des miasmes putrides et corrosifs, s'il respirait un air corrompu. (...) combien (...) l'homme court de dangers dès qu'il sort de son centre et qu'il entre dans les régions extérieures. » (Ecce Homo, § 4.)

Une souffle de vie...
Une étincelle de lumière ...


L'homme doit donc se persuader, qu'il n'a rien à attendre des régions étrangères, il a, bien au contraire, à travailler, à creuser en lui afin d'y découvrir les précieuses lumières enfouies qui attendent d'être mises à jour et, enfin, portées à la révélation. Les trésors de l'homme ne sont pas situés dans les lointains horizons inaccessibles, ils sont à ses pieds, ou plus exactement en son cœur ; ils demeurent patiemment dissimulés, ils rayonnent sourdement, effacés et oubliés, sous le bruit permanent de l'agitation frénétique qui porte, dans une invraisemblable et stérile course, les énergies vers les réalités non essentielles et périphériques.

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Saint-Martin insistera sur ce point avec force : « Par ses imprudences, l'homme est plongé perpétuellement dans des abîmes de confusion, qui deviennent d'autant plus funestes et plus obscurs, qu'ils engendrent sans cesse de nouvelles régions opposées les unes aux autres et qui font que l'homme se trouvant placé comme au milieu d'une effroyable multitude de puissances qui le tirent et l'entraînent dans tous les sens, ce serait vraiment un prodige qu'il lui restât dans son cœur un souffle de vie et dans son esprit une étincelle de lumière. (...) l'œuvre véritable de l'homme se passe loin de tous ces mouvements extérieurs. » (Ibid.)