L’essence spirituelle du  saint-martinisme

 

Le Saint-Martinisme dont la Société des Indépendants incarne l'expression après avoir œuvré à en faire connaître le sens, respectueux de l'histoire de l'Ordre Martiniste dans laquelle il s'inscrit, est néanmoins une réforme contemporaine du martinisme papusien, réforme entreprise  afin d'inscrire la démarche initiatique des âmes de désir dans la pure tradition de Saint-Martin, de sorte de mettre en œuvre, réellement, le programme de la "voie selon l'interne" fixé par le Philosophe Inconnu à ses intimes, soit d’œuvrer par la méditation et la prière intérieure, à la purification du cœur de sorte que ce soit Dieu lui-même qui vienne prier en nous.

Comme le dira Saint-Martin : « Nous devons attirer le modèle sur nous et former par là la plus sublime union qu’ait jamais pu faire aucune théurgie ni aucune cérémonie mystérieuse dont toutes les autres initiations sont remplies... le théurgique qui emploie la nature élémentaire, et comme telle, je la crois inutile et étrangère à notre véritable théurgisme, oû il ne faut d’autre flamme que notre désir, d’autre lumière que celle de notre pureté. »  (Saint-Martin, Lettre à Kirchberger, 19 juin 1797.)

Certes une traditionnelle référence à Saint-Martin subsiste dans l'esprit de la grande majorité des membres des Ordres se déclarant « Martinistes », appuyée et renforcée par l’évocation rituelle exécutée, de par son titre de guide éminent et bienheureux fondateur, lors de l'éclairage des flambeaux, mais elle est, hélas, le plus souvent dénuée de toute dimension « opérative » et de conséquence pratique, relevant, dans la majorité des cas, d'une sorte de reconnaissance sentimentale à l'égard d'un Maître évidemment vénéré, mais singulièrement ignoré du point de vue doctrinal, voire, malheureusement, carrément délaissé et relégué en arrière plan au profit de curieuses « voies » bien peu compatibles, à l'évidence, avec les idées et les principes fondamentaux du théosophe d'Amboise.

Face à ce constat, qu'il est aisé d'établir pour quiconque a pu fréquenter les multiples structures Martinistes existantes, et sans porter de jugement, en toute charité fraternelle, sur la sincérité individuelle de ceux qui les composent, sincérité que nous ne songeons pas un instant à contester, il apparaît toutefois vital et nécessaire, à deux siècles de distance de la naissance au Ciel de notre Maître, d'engager un questionnement honnête à l'égard des démarches et de s'interroger, en toute franchise et rigueur, sur l'authenticité des cheminements.

Or, un examen sérieux de ce que souhaitait véritablement Saint-Martin pour ses intimes, et ce que proposent les groupements actuels, nous démontre immédiatement la distance qui sépare parfois radicalement l'activité des Martinistes contemporains de l'œuvre « saint-martiniste » effective.

C'est pourquoi, il est nous est apparu impératif, de par l'exigence de nos devoirs en tant que disciples sincères se voulant fidèles et respectueux de l’esprit et des intentions du Philosophe Inconnu, d'entreprendre une sorte de rétablissement de l'esprit saint-martiniste, et de constituer ou, plus exactement, de réveiller à partir de nos propres qualifications martinistes, bénis et soutenus en cela par les bienveillants et précieux conseils de notre Frère et Père Robert Amadou, la « Société des Indépendants », Société imaginée par Saint-Martin lui-même de manière à ce que puisse s’y effectuer, loin du bruit et du monde, le lent processus de purification, de régénération et de sanctification, processus essentiel fondé sur la prière intérieure, nourri par l’oraison et sous-tendu par l’humilité du cœur.

« La Société toute entière des Indépendants avait aussi les yeux ouverts sur les grands événements qui se passaient ; chacun des membres de cette société éclatait dans les transports de joie, de voir s’accélérer le règne d’une juste puissance, et le triomphe de la Vérité. Il y eu parmi eux de saints cantiques chantés d’avance, et de nouvelles annonces prophétiques sur les succès encore plus considérables qui devaient suivre et annoncer la bonne cause. »(Saint-Martin, Le Crocodile, Chant 62.)

« La seule initiation que je prêche (…), est celle par où nous pouvons entrer dans le cœur de Dieu,et faire entrer le cœur de Dieu en nous, pour y faire un mariage indissoluble, qui nous rend l’ami, le frère et l’épouse de notre divin Réparateur. » (Saint-Martin à Kirchberger, 19 juin 1797.)

« Nous avons toujours l'autel avec nous qui est notre cœur, le Sacrificateur qui est notre parole  et le sacrifice qui est notre corps. » (Saint-Martin, Leçons de Lyon, n° 76, 25 octobre 1775.)